L’Ocarina monte sur scène



Luis Rigou. Ce nom ne vous dit certainement rien mais pourtant le souffle de ce musicien a hanté, avec le violoncelle de son comparse Jean-Philippe Audin, les esprits de l’Hexagone il y a une plus d’une dizaine d’années. « Une partie secrète de ma vie », avoue celui qui en 1991 s’était fait connaître sous le pseudonyme de Diego Modena pour vivre le succès de « Songs of Ocarina ».

Plus d’une cinquantaine de disques d’or à travers le monde, des show-case pour promouvoir l’album, mais jamais de concerts pour faire entendre cette musique d’inspiration andine : « Je n’ai jamais accepté de faire des concerts par contrainte de production, parce que je ne me sentais pas libre et victime d’un succès trop important. Je craignais surtout que l’artistique m’échappe finalement. » Jusqu’à une proposition du Kremlin Palace, le plus grand théâtre moscovite qui soumit l’idée à Luis Rigou de monter enfin sur scène. Pari tenu et à venir le 17 décembre prochain mais comme Luis Rigou est un inconditionnel du rendez-vous automnal de l’Atelier Imaginaire, c’est à Tarbes qu’il testera samedi soir son tour instrumental, « aux Nouveautés, un théâtre à échelle humaine », idéal pour s’étalonner.

Seuls quelques morceaux résiduels du passé seront joués ce soir-là, de nombreuses compositions de Luis Rigou et de sa femme, la saxophoniste norvégienne Hélène Arntzen constituant la part belle du spectacle.

Une alliance du chaud et du froid séduisant cet Argentin d’origine, qui s’amuse à constater que l’Argentine et la Norvège sont à leurs pôles les contrées les plus extrêmes : « Mais qu’on ne s’y trompe pas, on trouve de nombreux points communs entre ces deux pays, et si musicalement c’est assez différent, l’expression des sentiments, elle, reste très proche. » Il n’empêche que l’ocarina et plus généralement la flûte seront les étoiles de la soirée : un instrument de prédilection pour Luis Rigou, collectionneur assidu de flûtes essentiellement artisanales, puisées dans les cultures ayant développé cet instrument, comme chez les Incas, en Mongolie ou en Thaïlande. « La flûte est un instrument préhistorique. Le Musée d’Histoire naturelle en renferme une qui date de 82.000 ans, creusée dans un os d’ours. On a trouvé un ocarina en or datant de 5.000 ans dans la région maya. » De quoi remballer les thèses romantiques qui faisaient de la musique le premier moyen de communication. « Vraisemblablement l’outil permettait de chasser les oiseaux avant de devenir un instrument de rituel et un objet artistique » rajoute le musicien. C’est bien comme tel qu’il sera donc à l’honneur pour un concert à ne pas rater.